A propos des frontières intérieures de la Suisse
Author(s): Pierre Centlivres
Source: https://books.openedition.org/editionsmsh/3924
Abstract
Deux discours opposés sur la Suisse renvoient aux Suisses des images contrastées d’eux-mêmes. L’un, populaire, en postule l’unité à partir d’un ensemble de stéréotypes, de vertus alpestres et de rétention bancaire : nos voisins, les Français en particulier, s’obstinent à parler du caractère suisse, de l’accent suisse, là où nous ne trouvons que diversités. Auraient-ils raison malgré nous ? En revanche, le discours des sciences sociales, celui des essayistes tant suisses que non suisses s’étonne du paradoxe que représenterait la cohésion fédérale en dépit d’une infinie diversité. Un miracle, selon les uns. « Une grande énigme politique », écrit C. Schmid dans « Conflict and consensus in Switzerland » (1981 : 1) : « Comment la Suisse a-t-elle réussi, dans une ère de nationalisme culturel, à souder quatre groupes linguistiques différents et deux religions principales ? », et, cent ans auparavant, Renan demandait : « Comment la Suisse, qui a trois langues, deux religions, trois ou quatre races, est-elle une nation, quand la Toscane, par exemple, qui est si homogène n’en est pas une ? »