« Heureusement qu’il y a la Suisse » : reproduction et recompositions des classes populaires dans les espaces désindustrialisés frontaliers

Author(s): Alexandre Barbet

Source: https://theses.fr/2026UBEUH007

Abstract

Cette thèse vise à comprendre la genèse de la condition ouvrière frontalière en Suisse, à réinscrire ce projet migratoire dans des trajectoires collectives, resituées dans un espace local et appréhendées sur le temps long, et à éclairer les recompositions des classes populaires produites par ces migrations dans les mondes ruraux désindustrialisés.L’enquête repose sur une enquête ethnographique menée auprès de travailleurs subalternes de l’industrie devenus frontaliers, majoritairement des hommes, dans plusieurs configurations sociospatiales, au sein de mondes ruraux désindustrialisés proches de la frontière suisse. Cette recherche s’appuie sur des entretiens ethnographiques et des observations, ainsi que sur l’exploitation de données statistiques localisées et d’archives.Ce travail différencie d’abord plusieurs espaces sociaux locaux, proches ou éloignés de la Suisse, et décrit les différentes populations frontalières qui y vivent. Loin de la Suisse, dans les « marges », l’essor récent de migrations frontalières de travail est indissociable de la désindustrialisation et résulte de projets migratoires construits au travail. Ceux-ci sont néanmoins incertains et inégalement accessibles aux ouvrier·es. À l’inverse, près de la frontière, les familles autochtones présentent des socialisations frontalières plus élaborées, constitutives d’un capital d’autochtonie spécifique. Enfin, à partir d’une scène populaire « hors travail » tenue par des descendant·es de l’immigration portugaise, ce travail cherche à redéfinir relationnellement le statut social de « frontalier ». En comparant ce nouveau modèle de réussite à d’autres positions concurrentes, cette enquête met en évidence la manière dont ceux qui l’adoptent parviennent à justifier leur enrichissement relatif et à se (re)construire une légitimité populaire.

Mots-clés : Travail frontalier, Mondes ruraux, Espaces frontaliers, Désindustrialisation, Classes populaires, Migrations

This dissertation aims to understand the origins of cross-border labor migration to Switzerland, taking a relational, localized approach to the phenomenon. This study draws attention to the social scenes and groups in and through which different resources are constituted, transmitted, and leveraged. Strategies for entering the Swiss labor market must be related to specific socializations.The filedwork is based on a survey of multiple sites throughout the border area. It comprises an ethnographic component conducted in a small rural town that is relatively far from Switzerland as well as a series of interviews and observations of cross-border workers living closer.Far from Switzerland, the recent rise of cross-border labour is part of a broader trend of deindustrialization and is the result of migration projects formed at work. However, this possibility is uncertain and not equally accessible. Conversely, near the border, indigenous families exhibit more elaborate border socializations. Finally, based on a working-class scene held by Portuguese descents, this work seeks to redefine the social status of “cross-border worker” by comparing this success model with other social positions. This study highlights how those who adopt it manage to justify their relative wealth and maintain a popular legitimacy.

Keywords: Cross-Border workers, Rural areas, Borderlands, Deindustrialization, Working-Class, Migration

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