Contester l’ordre migratoire « par le bas » : une histoire du statut de saisonnier·ère en Suisse sous l’angle des résistances infrapolitiques

Author(s): Victor Santos Rodriguez

Source: https://doi.org/10.7202/1124899ar

Abstract

Résumé

Le présent article pense la résistance aux catégories forgées par le pouvoir pour gouverner la migration. Il se concentre sur une catégorie qui a fortement marqué le paysage migratoire européen de la seconde moitié du xxe siècle : le statut de saisonnier·ère tel que conçu par l’État suisse. Ce statut a été la pierre angulaire du régime migratoire helvétique durant les décennies consécutives à la Seconde Guerre mondiale. Pour les autorités suisses soucieuses de combattre la « surpopulation étrangère » (« Überfremdung »), cette construction juridique singulièrement coercitive avait ceci de fonctionnel qu’elle facilitait l’admission et la mise au travail d’étranger·ères dont l’intégration à la société suisse était cependant entravée. Le statut de saisonnier·ère rendait leur migration précaire, profitable et réversible. Si cette catégorie migratoire exerçait un puissant contrôle disciplinaire sur les catégorisé·es, l’article se penche sur les expressions d’un agir contestataire. En s’appuyant sur les résultats préliminaires d’une recherche fondée notamment sur l’histoire orale, l’article plonge dans les coulisses de la migration des saisonnier·ères et met au jour la manière dont la résistance au statut a pris avant tout une forme « infrapolitique » au sens entendu par James Scott. L’article montre comment les saisonnier·ères et leurs familles sont parvenu·es à ouvrir des espaces de contestation souterraine où les deux fondations du statut – saisonnalité du séjour et absence de famille – ont été efficacement sapées. L’étude de ces résistances invisibles à l’ordre migratoire révèle une (autre) histoire politique de la Suisse contemporaine dont les saisonnier·ères sont des acteur·trices incontournables.

Mots-clés :

  • migration,
  • saisonnalité,
  • regroupement familial,
  • résistance,
  • infrapolitique

Contesting the Migration Order “From Below”: A History of the Seasonal Status in Switzerland from the Perspective of Infrapolitical Resistances

Abstract

This article approaches the issue of resistance to categories of migration government. It focuses on a category that strongly marked the European migratory landscape in the second half of the 20th century: the seasonal worker status as conceived by the Swiss state. This status was the cornerstone of the Swiss migration regime in the decades following WWII. For Swiss authorities concerned with combatting “foreign overpopulation” (“Überfremdung”), this particularly coercive legal construct was functional in that it facilitated the admission and exploitation of foreigners whose integration into Swiss society was nevertheless hampered. The seasonal status made their migration precarious, profitable and reversible. While this migration category exerted strong disciplinary control over the categorized, the article examines the expressions of contestation. Drawing on the preliminary results of research grounded in oral history, the article delves behind the scenes of seasonal workers’ migration, revealing how resistance to their status took primarily an “infrapolitical” form in the sense understood by James Scott. The article shows how seasonal workers and their families managed to open up spaces of underground dissent where the two foundations of the status—seasonality of stay and absence of family—were effectively undermined. The study of these invisible resistances to the migration order reveals (another) political history of contemporary Switzerland, in which seasonal workers are central actors.

Keywords:

  • migration,
  • seasonality,
  • family reunification,
  • resistance,
  • infrapolitics

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