«L’exilé partout est seul». De la solitude des «exilés» dans la foule des «réfugiés» à travers l’Europe du XIXe siècle
Author(s): Delphine Diaz
Source: https://doi.org/10.58282/colloques.13599
Abstract
« Exilé », « proscrit », « réfugié » ? Comment s’est élaboré le vocabulaire de la migration contrainte dans l’Europe contemporaine ? Notre terrain d’enquête sera le premier xixe siècle, durant lequel l’exil, entendu comme un séjour forcé à l’étranger, est devenu un élément incontournable du répertoire répressif. L’Europe a alors constitué un véritable laboratoire sémantique où se sont élaborées terminologies et catégories nouvelles pour distinguer entre eux les étrangers : parmi ces derniers, les « réfugiés » faisaient l’objet de toutes les attentions. S’ils bénéficiaient de secours financiers et d’un statut administratif à part, ils étaient dans le même temps soumis à des logiques de contrôle. Bien que dès les années 1820-1830, les réfugiés aient pu former des groupes forts de plusieurs dizaines de milliers de personnes, ils n’en ressentaient pas moins une forme de solitude liée à l’arrachement à leur patrie, à l’expérience des séparations familiales et aux difficultés linguistiques. Enfin c’est aussi la solitude de l’exilé dans la foule des réfugiés qui se détachait des représentations produites dans les sociétés d’accueil par les hommes et femmes de lettres, les peintres et les photographes attentifs à leur sort.
Mots-clés : Europe, Exil, France, réfugiés, représentations, vocabulaire, XIXe siècle
“Exile”, “outcast”, “refugee” ? How did the vocabulary of forced migration develop in modern Europe? This paper tackles the first half of the 19th century, when exile, understood as a forced stay abroad, became a crucial element of the repressive repertoire. Europe was a real semantic laboratory where new terminologies and categories were developed to distinguish foreigners from each other: among the latter, “refugees” were at the center of public attention. While they benefited from financial support and a special administrative status in the early 19th-century France, they were also subject to control. Although the refugees were able to form strong groups of several tens of thousands in the 1820s and 1830s, they nevertheless experienced a form of loneliness linked to being uprooted from their homeland, the experience of family separation and language difficulties. The loneliness of the political “exile” in the crowd of “refugees” stood out from the cultural representations produced in the hosting societies.
Keywords: 19th century, Europe, Exile, France, refugees, representations, vocabulary